Ouzbékistan
Capitale : Tachkent
Population : 37,5 millions d'habitants
Superficie : 448 978 km2
Langue officielle : Ouzbek
Déclaration d'indépendance vis-à-vis de l'URSS en 1991.
Devise : Sum
Samarcande
Atterrissage très matinal en douceur à l'aéroport de Samarcande à 04h05 après un vol d'une durée de 4 heures depuis Istanbul. J'avais il y a deux ans fait une demande pour un visa iranien qui m'avait été refusé et j'ai pensé qu'un petit séjour en Ouzbékistan serait une belle alternative. Assez turque, un peu arabe, vaguement persane, légèrement sino-indienne, Samarcande est aujourd'hui une ville moderne très propre et très verte avec de larges avenues ombragées par des arbres centenaires au coeur de la ville.
Cité légendaire de la Route de la Soie, capitale d'un des plus grands empires de l'Histoire, la ville timouride est un univers à part où les imposants monuments hérités du règne de Tamerlan nous plongent résolument dans une autre époque.
l'Histoire de la ville est très ancienne. Son site originel sur la colline d'Afrosiyab où s'élève un beau musée a livré des ruines remontant au 1er millénaire avant J.-C. Fondée probablement par les Perses au VII ème siècle avant J.-C., perchée sur une colline entourée de puissantes murailles, la cité pouvait se défendre efficacement contre les fréquentes attaques des tribus nomades.
Le mausolée Gour Emir
À l'image d'un autre grand conquérant, Gengis Khan, Tamerlan voulait être enterré sobrement : "Juste une pierre et mon nom dessus" avait-il dit, et son tombeau avait été préparé dans une crypte à Shahrisabz, sa ville natale. Mais l'histoire en décida autrement.
Tamerlan (1306-1405) se présente comme un lointain descendant de Gengis Khan.
Musulman convaincu au demeurant cultivé et épris de littérature persane, il n'a eu de cesse de combattre, brûler et tuer tout au long de sa vie, au point de reconstituer un empire presque aussi vaste que celui de son aïeul.
Mais ce criminel multirécidiviste s'est aussi soucié d'embellir sa capitale Samarcande, et ses descendants, les timourides, ont eu à coeur de poursuivre son mécénat. Aussi son souvenir est-il entretenu pieusement autour de son tombeau.
Hérodote.net
Ibn Khaldûn rencontre Tamerlan
J'entrai dans sa tente. Je le trouvai a demi allongé, appuyé sur son coude : des plats lui étaient présentés sur un signe qu'il faisait à l'adresse des clans mogols assis en cercles devant sa tente. D'abord je le saluai et lui marquai par un signe de tête ma soumission. Il leva la tête, me tendit sa main à baiser, et me signifia de m'asseoir. Je m'assis à l'endroit même où j'étais parvenu. (...)
Après ma rencontre avec Tamerlan et ma descente le long du rempart, un de mes amis qui connaissait bien les coutumes des Tatars pour avoir fréquenté ces derniers me conseilla d'offrir un cadeau à l'émir, si petit fût-il ; car chez eux, c'était quelque chose d'obligatoire lorsqu'on rend visite à leurs rois. Je choisis au marché des livres un très beau Coran en un volume avec une reliure aux fers, un joli tapis de prière, une copie d' al- Burda, le célèbre poème à la louange du Prophète, que la prière et le salut de Dieu soient sur lui, et quatre boîtes de très bonnes sucreries égyptiennes.
Muni de ce présent, je fus introduit auprès de lui dans le Palais bigarré, alors qu'il tenait audience dans la salle du trône. Me voyant, il se leva et me fit signe de m'asseoir à sa droite. Il était entouré par les grands dignitaires des Banû Jaqatây. Ayant pris place, je gardai le silence quelques instants. Puis, me tournant vers lui, je montrai le présent, que tenaient mes serviteurs, et le déposai par terre. Il se mit en face de moi. J'ouvris le Livre saint : dès qu'il le reconnut, il se hâta de se lever, et le posa sur sa tête. Je lui présentai ensuite le poème al-Burda : il me demanda ce que c'était et me questionna sur son auteur. Je lui dis ce que j'en savais. Puis, je lui remis le tapis de prière. Il le prit et l'agréa. Je posai devant lui enfin les boîtes de confiserie. Après que j'en eus goûté suivant l'usage, il en distribua à toute l'assistance. Tout ce que j'avais apporté, il l'accueillit avec faveur, et s'en montra satisfait.
(...)
Quand il fut sur le point de repartir et qu'il eut résolu de quitter la Syrie, je me présentai un jour devant lui. Après les échanges d'usage, il s'adressa à moi par ces mots :
"Tu as ici une mule.
- Oui.
- Belle?
- Oui.
- Veux-tu me la vendre ?
- Que Dieu t'assiste , Sire ! Suis-je un homme à faire des affaires avec un homme tel que toi ? Avec cette mule, je ne puis que te servir, et je le ferais avec d'autres si j'en avais.
- Je voulais en échange t'offrir mes bienfaits.
- Pourrais-je espérer d'autres bienfaits, après ceux dont tu m'as déjà comblé ? Tu as fait de moi un de tes clients, tu m'as réservé dans ton conseil une place parmi tes intimes, tu as manifesté à mon égard ta générosité et ta bonté. Puisse Dieu agir de même à ton égard."
Nous restâmes un moment sans parler : on lui amena la mule, alors que j'étais encore avec lui dans son conseil. Je ne la revis plus jamais.
"Ce qui nous frappe sans doute dans l'architecture timouride est l'opposition très accentuée entre, d'une part, le goût du colossal et, d'autre part, la légèreté et la joliesse du décor céramique. La pure beauté de ce dernier, la spiritualité qui s'en dégage, semblent mal répondre à une ère de guerres et de violences."
(Tamerlan, biographie de Jean-Pierre Roux)
Derrière une barrière de marbre ciselé, les dalles funéraires de Tamerlan et de sa descendance sont disposées en rangs successifs. La pierre tombale de Tamerlan, faite d'un seul bloc de néphrite vert foncé se distingue de toutes les autres.
Nécropole de Shah I Zinda
Située au nord-est de Samarcande, sur les pentes de l'ancienne colline d'Afrosiyab, la nécropole s'est développée sur plusieurs siècles, principalement entre le XIe et le XVe siècle. L'ensemble se présente comme une rue étroite et ascendante, bordée de plus de vingt mausolées et autres édifices rituels construits au fil des siècles.
Loin des grandes places monumentales, cette nécropole se découvre lentement, le long d'un corridor sacré où architecture et spiritualité avancent ensemble.
Ici, chaque porte s'ouvre sur le tombeau d'une soeur, d'une épouse d'une nièce de Tamerlan.
Ce beau monument, reconstruit au début du XX ème s. fut élevé au dessus du tombeau du prophète Daniel (Hodja Danyar), ce qui en fait l'un des lieux les plus sacrés de Samarcande. Selon une légende, c'est Amir Temur (Tamerlan) qui aurait enlevé ses restes de Sousa pour les enterrer ici. Le mausolée couvert de cinq dômes contient la pierre tombale, d'une longueur de 18 m, qui occupe presque tout l'espace intérieur.
Le prophète Daniel, un descendant du roi Salomon vécut aux IV-V èmes siècles avant J.-C. Adolescent, Daniel est déporté à Babylone avec ses compagnons Ananias, Azarias et Misaël. Par leur sagesse, ils gagnent la confiance du roi de Babylone Nabuchodonosor II. Daniel devient fonctionnaire de cour et interprète les songes du roi
Le mausolée est un lieu de pèlerinage pour les habitants du pays et voyageurs de tous les coins du monde.
Daniel dans la fosse aux lions, Henri Ossawa Tanner (1859-1937)
Daniel dans la fosse aux lions, Briton Rivière (1840-1920)
Z.M. Kovalevskaya
P.P. Benkov
P.P. Benkov, 1929
P.P. Benkov "Shohizinda" 1941
A. Razikov, 1946
P.P Benkov, 1942
Place du Registan à Samarcande
Jadis, le Registan était le coeur de Samarcande et une foule compacte et bigarrée s'activait autour des multiples échoppes.
L'infatigable voyageuse suisse Ella Maillart (1903-1997) avait eu la chance lors de son passage à Samarkand en 1932 de loger dans la madrasa d'Ulugh Beg dont les cellules accueillaient alors les visiteurs de passage.
Succession Ella Maillart et photo Élysée, Lausanne
Le plov (ou osh) est le plat national traditionnel de l'Asie centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan, Kazakhstan). C'est un plat unique très riche et parfumé à base de riz sauté, de viande (agneau ou boeuf) de carottes, d'oignon et d'épices comme le cumin et la coriandre.
Les Ouzbeks sont un peuple très hospitalier, heureux de régaler les visiteurs avec des plats préparés selon les recettes de leurs ancêtres. Venu le temps de régler l'addition, cette assiette m'a été offerte, la paume de la main sur le coeur, gracieuseté de la maison.
Mosquée Bibi Khanum
C'est en 1399, à son retour de sa campagne en Inde où ses troupes avaient mis à feu et à sang les temples des infidèles zoroastriens et hindouistes que Tamerlan décida de l'édification de la mosquée Masjid-i-Jami connue aujourd'hui sous le nom de Bibi Khanum, fille de l'empereur de Chine et femme préférée de Tamerlan. Les meilleurs architectes et artisans venus du Khorassan, d'Azerbaïjan ou d'Inde s'attelèrent à la construction de ce qui devait être la plus grande mosquée d'Asie centrale. Quatre-vingt-quinze éléphants, que Tamerlan avait ramenés de ses conquêtes en Indouhistan manoeuvraient d'immenses blocs de pierre nécessaires à la construction.
![]() |
Mon chauffeur, Bobosher (traduire : Vieux Tigre) est venu me chercher ce matin à mon hôtel à Samarcande. Ensemble et par beau temps nous avons pris la route pour le village reculé de Langar dans la province de Katchadaria à 3h30 de route, environ 165 km, où nous sommes arrivés à midi et demie. Passés par la ville de Shahrisabz, lieu de naissance de Tamerlan. Un orage sévère avec pluie battante a par la suite ralenti notre allure. Langar Ota où j'ai élu domicile pour deux jours et où les coqs ne cessent de chanter et les ânes de braire est un petit village de montagne habité par trois cents familles perché au dessus de la rivière du même nom à 1600 m d'altitude. L'air y est beaucoup plus frais qu'à Samrcande. La route qui y mène depuis Kiziltepa est magnifique. Des pluies abondantes pour ne pas dire torrentielles depuis plusieurs jours m'a-t-on dit en ont malmené certains tronçons qu'il nous a fallu négocier.. On monte progressivement en longeant la rivière et le canyon qu'elle creuse dans la terre ocre. Accueil chaleureux arrivé à destination chez Ozod Touraev qui héberge des hôtes de passage, un maître de français retraité et si loin de la France qui avait fait ses études à Tachkent sous le régime soviétique au début des années 70. Voilà une manière idéale de découvrir la vie quotidienne locale. Les prestations sont très rustiques mais la famille est charmante et gentille.
Ozod et sa femme
Solitaire sur sa colline, le mausolée de Langar Ota est le monument funéraire du plus célèbre saint de la région Mohamed Sadik Cheikh qui vécut au XVI ème siècle. Il faut grimper le sentier qui traverse le cimetière pour arriver aux portes de ce monument entouré d'un jardin luxuriant. Depuis des siècles, les pèlerins s'y rendent en quête de recueillement spirituel et de bénédictions. L'atmosphère y est calme et profondément spirituelle.
À remarquer au passage, la tombe gravée d'une habitante de Langar avec son chat : elle vécut 106 ans, c'était la guérisseuse et herboriste du village. Elle est vénérée par les habitants. Moins que Mohamed Sadik, mort en 1545 et mécène local qui offrit au village sa mosquée.
la mosquée de Langar
le Marché du Dimanche à Langar
Aujourd'hui dimanche, Ozod, coiffé de sa doppa, le chapeau national ouzbek m'emmène au marché hebdomadaire de Langar où il va à chaque semaine. Il y a foule et l'ambiance est très animée. On commence par le marché aux bestiaux, tout juste à l'entrée. On y négocie fort. Ozod me détaille le résultat de certaines transactions : on parle de millions car tout le monde est millionnaire en Ouzbékistan, 2 500 000 sum pour un petit chevreau ici, 8 millions pour un mouton, 14 millions là pour un veau. On se faufile dans la cohue en évitant bien sûr de mettre le pied dans la merde.
Pour le reste qui est une allée de terre battue encore humide des dernières pluies et qui enjambe la rivière par un petit pont, les étals s'y succèdent de chaque bord sur environ 200 m. Tout pour se vêtir, tout pour se nourrir, tout ce qui est utile (ou inutile) et dont on se sert ou ne se sert pas dans la vie quotidienne. Je défie qui que ce soit de n'y pas trouver ce qu'il cherche. Cherchez-vous du ruban adhésif pour piéger des souris ? Vous l'y trouverez puisque tout est là, absolument tout sauf peut-être... du lait d'oiseau.
Le ciel est bigrement noir est menaçant au dessus des montagnes environnantes, pourvu que l'orage n'éclate pas et ne se déverse dans cette cuvette car ce serait alors une catastrophe innomable que d'avoir à tout remballer et de mettre ça à l'abri dare dare savoir où.
Ozod qui semble connaître tout le monde serre un nombre innombrable de mains. On serre aussi la mienne très souvent car j'attire l'attention. D'où vient ce charlot qui ne porte pas de calot et n'a rien d'un Ouzbek ? Germania ? Francia ? Photo opp. On en redemande.
Héritage soviétique, un très grand nombre de sourires dans ces zones rurales de l'Asie Centrale dévoilent des dents d'un or éclatant, sourires qui scintillent, bijoux de bouche, symbole de richesse et de statut et peut-être aussi réserve financière de secours en cas de coup dur ?
Il est maintenant 11h30, Ozod m'informe que deux de ses connaissances nous attendent à la petite cantine à l'entrée du marché. Samosas et cafetière de thé bouillant nous sont servis pendant que nous sommes assis en tailleur sur des tapis autour d'une table basse. Le patron m'apporte, la paume de la main droite sur le coeur, gracieuseté de la maison, un bol de bouillon chaud dans lequel flottent morceaux de carottes et de patates ainsi qu'un morceau de viande peu ragoûtant auquel je ne toucherai pas et dont par la suite mon voisin de table, perplexe à savoir pourquoi je laissais un si beau morceau, se saisira pour n'en faire qu'une bouchée. On pratique ici un islam modéré, dilué sous le régime communiste soviétique qui laissait les édifices religieux à l'abandon. Il a devant lui une petite fiole de 25 cl de vodka Shahrisabz dont il viendra seul à bout avant que je n'informe Ozod que je rentre à pied.
Cinq poules et un petit coq attachés par les pattes couvaient au sol dans la petite cour quand je suis arrivé. Ozod, raccompagné en voiture par un de ses collègues est déjà là et m'annonce qu'il les a achetés au marché pour la somme d'un million cent trente mille sums et que deux oeufs ont déjà été pondus.
Train Samarcande / Boukhara
Boukhara
la madras Mir-i-Arab
Elle fut construite en 1535 par le cheik Abdullah, chef religieux yéménite et guide spirituel d'Ubaydullah khan. Le khan finança sa construction grâce à la vente de 3000 prisonniers perses, des musulmans chiites qui étaient considérés comme des infidèles et pouvaient donc être vendus comme esclaves. À l'époque soviétique, cette madrasa fut la seule autorisée à dispenser un enseignement religieux en Asie centrale.
L'ensemble Poy Kalon
C'est la plus belle place de la ville et en tout cas la plus monumentale. La madrasa Mir-i-Arab fait face à l'immense mosquée Kalon et à son terrible minaret "la tour de la mort".
Le minaret Kalon
Cinq fois par jour, quatre muezzin grimpaient les 105 marches de son escalier intérieur pour appeler à la prière. Leurs voix portaient à plus de 8 km et les autres minarets relayaient l'appel dans un rayon de 16 km. Surnommé "la tour de la mort", ce minaret construit en 1127 ne servait pas seulement à appeler les fidèles à la prière. Au XVII ème siècle, c'est de son sommet que l'on jetait les condamnés à mort et autres impurs. Le minaret servait aussi de point d'observation le jour et de phare la nuit. Tous les soirs, on allumait une bassine remplie d'huile placée au centre de la rotonde située au sommet. Les caravanes arrivant du désert pouvaient ainsi se repérer, tels les vaisseaux à l'approche des ports.
porte de caravansérail
L'Amou-Daria vu du ciel, long de 2540 km
Descendu du Pamir, il traverse les déserts de la dépression touranienne, séparant l'Ouzbékistan et le Turkménistan, avant de rejoindre par un large delta, la mer d'Aral.
Au retour (...). En poussant la porte, nous retouchons terre.
Nicolas Bouvier, l'Usage du monde
" Et le voyage continue..."
"And the journey continues..."
nomadensolo@gmail.com


















































































































1 commentaire:
Quelle page! 😍 Stunning photos… I can’t get over their architecture. This trip sounds like one for the books and your home stay experience sounds especially special. Grateful we get to read about it all!
Enregistrer un commentaire