CHEZ MONTESQUIEU, CHEZ MAURIAC, 2026





Chez Montesquieu

"Je me fais une fête de vous mener à ma campagne de La Brède où vous trouverez un château gothique à la vérité mais orné de dehors charmants dont j'ai pris l'idée en Angleterre".
Montesquieu, Correspondance


Le château de La Brède est resté la propriété de la famille de Montesquieu jusqu'en 2004. Le domaine, classé monument historique, est aujourd'hui administré par la Fondation Jacqueline de Chabannes, du nom de la dernière descendante de Montesquieu à l'avoir possédé. Édifié dès le XIV ème siècle sur les ruines d'un château plus ancien, il a conservé son allure de forteresse médiévale et se reflète dans l'eau des larges douves.


En 1994, Jacqueline de Chabannes exprima sa volonté d'offrir à la communauté scientifique et au public  l'intégralité du très précieux ensemble patrimonial (manuscrits, archives, livres...) conservé dans la bibliothèque du château, tout en le maintenant dans un seul et même lieu, la bibliothèque municipale de Bordeaux, établissement au sein duquel des manuscrits de Montesquieu étaient conservés depuis le XVIII ème siècle. A sa mort en 2004 et selon son souhait, la Fondation qui porte désormais son nom hérite du château : sa vocation est de promouvoir la connaissance, la conservation et la mise en valeur du château de La Brède et du domaine de Montesquieu, afin de les rendre accessibles au plu grand nombre.


































































































Pénétrons dans le château par la seconde porte qui s'ouvre sur un vaste vestibule dallé de carreaux et faiblement éclairé. Six colonnes torses en chêne sculpté soutiennent un plafond à caissons orné de fleurs de lys incrustées dans la peinture bleue...










































































... On entre dans un salon richement meublé avec au plafond ses vastes poutrelles épaisses. Deux grandes fenêtres éclairent ce salon lambrissé de chêne foncé. De nombreux portraits de famille ornent les murs. 
                                                 Louis Desgraves



















18 janvier 1689,
Sous le règne de Louis XIV, naissance de Charles-Louis de Secondat au château de La Brède, près de Bordeaux. Il a pour parrain un mendiant du village, nommé Charles. Mis en nourrice jusqu'à trois ans au moulin de La Brède, il gardera l'accent du terroir gascon. (On ne peut toutefois nier l'importance de l'enracinement  nobiliaire de Montesquieu)
Le 10 février 1755, Montesquieu meurt à Paris, assiégé par les jésuites, qui réclament le manuscrit des Lettres Persanes. Diderot sera le seul philosophe à suivre son cortège.
Jean Goldzink













Le long des murs, les malles que Montesquieu a emportées avec lui au cours de ses voyages à l'étranger.





              La chambre de Montsquieu préservée dans son état du XVIII ème siècle



























Le rez-de-chaussée du château était réservé à sa famille, mais le premier étage était son habitation intime. On y monte encore aujourd'hui par le même escalier en pierre tournant.













On entre dans la bibliothèque. La pièce est immense, dix-sept mètres sur onze. C'est dans cette pièce imposante qui sentait la féodalité par ses décorations, la piété par sa chapelle, la magistrature par sa bibliothèque et l'Angleterre par le paysage en perspective, que Montesquieu dicta  L'Esprit des Lois, et les Lettres Persanes.
                                                          Loui Vian






... Une antique cheminée dont le manteau est décoré de peintures à fresque de la fin du quinzième siècle, qui représente un combat à la lance de chevaliers armés de pied en cap.


La bibliothèque ne comporte plus aucun livre aujourd'hui, confiés pour bonne conservation à la Bibliothèque Municipale de Bordeaux.


la chapelle






















le pigeonnier

"Je me promène du matin au soir en véritable campagnard et je fais ici de fort belles choses en dehors".
Montesquieu, Correspondance
















                 La ferme du château, édifiée par le phylosophe entre 1740 et 1752

Montesquieu tient à faire fructifier le domaine hérité de ses ancêtres, qui lui permet de vivre sans dépendre d'une pension royale : c'est la meilleure garantie pour penser et écrire librement.. Pour s'en assurer, il diversifie sa production agricole : vin, blé, bois, élevage d'ovins et de bovins.



Un cadran solaire sphérique en pierre est installé en cet endroit précis au XVIII ème siècle.



















                          Chez François Mauriac






Ma visite à Malagar où à défaut de transport en commun je me suis rendu à pied depuis Langon était très intéressante. Beau domaine de 4 hectares situé sur une colline avec beau panorama à 360 degrés que les enfants de Mauriac ont donné au Conseil régional en 1986 pratiquement dans l'état où l'auteur lui-même l'a laissé et dans ses meubles. J'ai redécouvert ce grand auteur récemment dans ses Mémoires intérieurs et ses Nouveaux mémoires intérieurs, et cette visite de son univers intime a joliment complémenté les belles lectures que j'en ai faites. Dans une grande pièce attenante, le Chais Rouge, se trouvent un grand nombre d'archives intéressantes. Avec le château de Montesquieu, deux belles visites en Nouvelle-Aquitaine donc.



        Le majestueux tilleul de la cour a reçu le titre d'Arbre remarquable de France.

"Au sud, la cour brûle, entre les chais longs et bas, deux piliers délimitent le panorama qui est la gloire de Malagar; les vieilles charmilles descendent vers la terrasse et le point de vue : Saint Macaire, Langon, les landes, le pays de Sauternes. Que de fois ai-je décrit cette plaine "où l'été fait peser son délire"























De Langon, on traverse la Garonne; Malagar est à quelques kilomètres " sur la colline sans arbres qui domine la vallée". Mauriac a souvent décrit cette propriété qu'il aimait; il a même, dans un texte du Journaltenté de la montrer telle qu'elle était, "dépouillée de tout ce dont (sa) poésie l'avait revêtue".

"On monte une côte, dans le soleil, on traverse une maigre garenne devant les communs. La terre ici n'aime pas les arbres; et les hommes, eux non plus, ne les aiment pas. La terre, sèche et dure, les nourrit mal. Centenaires, les miens sont petits et rabougris. (...)

La garenne traversée, s'étendent les vastes hangars agricoles sous lesquels ouvrent l'étable, l'écurie, les logements des charretiers. Pourquoi mon grand-père a-t-il fait construire ce ridicule chalet de l'homme d'affaires, tout en hauteur, que l'on voit de dix lieues à la ronde, qui domine et écrase ma propre maison (...) ?

"Nous débouchons devant l'habitation côté nord. Pas de perron. Dans la plupart de mes romans, je n'ai pas hésité à en construite un. Réparation imaginaire et qui ne coûte rien. Je me contente d'un tertre bordé de sauges. Façade plate, sans autre ornement que la "gênoise" au long des toits (...). Mon grand-père a coiffé le pavillon central  d'un lourd chapeau d'ardoises. Dieu merci, les deux ailes, les chais, le cuvier ont gardé leurs vieilles tuiles rondes (...)









" De ce côté-là, une grande prairie descend en pente douce vers les côteaux de Benauge, derniers valonnements de ce pays perdu, appelé l'entre-deux mers. (...)





















Chaque saison porte en elle la saison qui va suivre. Au plus brûlant de l'été, les oiseaux se taisent et préparent leur grand voyage. L'été était déjà blessé à mort pour l'enfant qui l'observait de tout près dans la bauge secrète qu'il s'était ménagée. Mais quoi ! ce dont débordaient ces journées, ces courses à travers la forêt, ces goûters au moulin, ees pêches aux écrevisses, ces libellules sur l'eau glacée, n'était-ce pas le bonheur ? Le bonheur...

Peut-être la discipline familiale trop stricte nous eût-elle empêché de l'étreindre jamais. Nos devoirs de vacances étaient de vrais devoirs. De 10 heures à midi, de 2 heures à 4 heures, je demeurais penché sur des cahiers dont la couverture bleue et rouge représentait la prise de Tananarive par le général Duchesne. Les cigales grinçaient derrière les volets, mais une fleur de lis y était dessinée par où le soleil dardait un long rayon poudreux plein d'innombrables danses. Des guêpes se cognaient aux vitres, et au plafond des mouches énormes. Cet immense bourdonnement des étés de mon enfance, je ne l'entends plus qu'au-dedans de moi. Il me semble que les étés ne bourdonnent plus et que les grillons se taisent quand je passe pour ne pas me faire penser au jeune homme d'autrefois...



buste en bronze de François Mauriac
par Ossip Zadkine






























... Une à une se sont fermées les portes des chambres. Je pousse le lourd volet de l'entrée. Il résiste à la pression de ma main. Ce grincement sur les gonds me réveillait autrefois quand ma mère, à l'aube, ouvrait pour faire entrer la fraîcheur de la nuit et pour la retenir prisonnière jusqu'au soir entre les murs de la maison obscure.
François Mauriac, Mémoires intérieurs. ch. II











                                                                   Labrador




"Et le voyage continue... "
"And the journey continues..."

nomadensolo@gmail.com

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