GRANDS TAXIS pour FIGUIG, 2026





                                                 Le détroit de Gibraltar

La légende raconte qu'un colosse mi-homme mi-dieu aurait façonné de ses propres mains le détroit de Gibraltar. À cette époque, la Méditerranée était un bassin fermé occupé par un vaste désert de sel et de sable. Ému devant cette mer asséchée, Hercule déchira en deux la montagne qui barrait les flots de l'Atlantique. À nouveau reliée à l'océan, la mer Méditerranée était sauvée et allait pouvoir reprendre le visage qu'on lui connaît aujourd'hui.

                             J'ai déserté la banquise pour le Maroc berbère




La Koutoubia à Marrakech. Sa construction a débuté en 1141






















Dans la médina de Marrakech


















                            



Artisans dans la médina de Marrakech




Marrakech / Tamdaght, 180 km

Je quittai Marrakech par le car de 11h30 de la CTM (Compagnie de Transports Marocains). Le voyage débute par une montée progressive à travers des paysages changeants depuis les plaines arides de la région de Marrakech jusqu'aux sommets enneigés du Haut-Atlas. Cette route, la N9 traverse le célèbre col du Tizi n'Tichka situé à 2260 m d'altitude offrant une succession de virages spectaculaires et des panoramas grandioses sur les sommets de l'Atlas. 


Arrivé vers 3h30 à l'embranchement de la route d'Aït Benhaddou à une quinzaine de kilomètres avant Ouarzazate où j'ai trouvé un taxi collectif qui m'a conduit au hameau de Tamdaght à une vingtaine de minutes. Tranquillité et cuisine exquise au Riad Tamdaght où j'ai retrouvé Mohamed de qui j'avais fait la connaissance il y a dix ans au terme de ma randonnée dans la belle vallée de l'Ounila depuis Telouet et dont la gentillesse n'a pas faiblie avec les années.


     La kasbah de Tamdaght


                                        Grands taxis

     Tamdaght / Agdz, 110 km








Je me pose deux jours au Lodge Hara Oasis que je rejoins à pied depuis Agdz. Un véritable petit havre de paix situé dans un cadre paradisiaque au coeur de la palmeraie. Un lieu magique où une demi douzaine de paons promènent leurs longues traines aux couleurs chatoyantes dans des jardins fleuris par un printemps précoce à l'ombre des palmiers. Restauration soignée et personnel des plus hospitaliers. J'ai parcouru 110 km aujourd'hui pour la somme dérisoire de 55 dirhams soit environ 5 euros. On est pris n'importe où sur la route s'il y a une place libre à bord où à une station d'où l'on part quand la voiture est complète. La flotte de Mercedes des années 50 est maintenant remplacée par des véhicules de marque Dacia, un constructeur automobile roumain , filiale du groupe français Renault.



                         ma chambre au Lodge Hara Oasis
                        
























JM




Agdz / Tansikht / N'Kob / Ikniounn / Tinerhir, 170 km

Depuis Agdz, grand taxi pour Tansikht où je quitte la N9 qui longe la belle vallée du Draa jusqu'à Zagora, pour sauter dans un autre pour N'Kob puis un autre pour Ikniounn puis un quatrième pour Tinerhir. Cette route qui n'était qu'une piste il y a peu permet la traversée du Jebel Sarhro et franchit le col Tizi-n-Tazazert à 2283m. Des formations géologiques stupéfiantes sculptées par les éléments dans un paysage minéral grandiose jalonnent le parcours avec en point d'orgue les tours de Bab n' Ali. Paysage lunaire propre à la méditation. Nuitée à Tinerhir.
Figuig est à 3 jours. Figuig se mérite.
















     Les tours de Bab n'Ali











Tinerhir / Er Rachidia, 138 km

Ramadan oblige, la vie tourne au ralenti. Salons de thé, cafés et restaurants  sont fermés entre le lever et le coucher du soleil. Il est bon d'avoir quelques provisions dans son sac, biscuits, dates, fruits pour combler un petit creux en milieu de journée. J'ai dû attendre une bonne heure ce matin à la station de Tinerhir avant que le grand taxi ne soit complet et prenne la route pour Er Rachidia, une course de 138 km avec sourates coraniques psalmodiées dans une langue incantatoire depuis le portable du chauffeur posé sur le tableau de bord.











































Le drapeau amazigh, avec ses trois couleurs vibrantes - bleu, vert et jaune - et la lettre rouge inscrite en son centre est le reflet d'un peuple, celui des Berbères qui lutte depuis des siècles pour la reconnaissance de son identité culturelle et linguistique.
Issu des années 1970, ce drapeau est rapidement devenu un outil de ralliement, portant haut les couleurs de la terre, de la mer et du désert de Tamazgha, un territoire couvrant l'Afrique du Nord.
Au centre du drapeau, la lettre en rouge issue de l'alphabet tifinagh, est un symbole puissant de l'identité amazighe. Cette lettre qui est le "Z" de l'alphabet berbère, est interprétée comme représentant "l'Homme libre". Univers berbères










Er Rachidia / Bouarfa, 268 km



J'appréhendais ce tronçon de route entre Er Rachidia et Bouarfa, cinq heures de route quasi rectiligne, 268 km de désert. Le car s'arrête parfois pour prendre un passager attendant au soleil, l'ombre étant très rare par ici, sur le bord de la route au beau milieu de nulle part. D'où vient-il ? D'où sort-il ? Je commence à croire que je verrai Figuig. C'est pour demain. J'avais envisagé pour un temps aller en Mauritanie, plus précisément à Chinguetti, fondée au XIII ème siècle surnommée la "Sorbonne du désert" où quelques milliers de manuscrits  sont conservés par les familles, mémoire des échanges entre Tombouctou, Mopti, Djenné, Fes. Je me contenterai de cette oasis presque millénaire qu'est Figuig dont on trouve des traces dans les récits des géographes arabes du Xème siècle. Ibn Khaldoun (1332-1406), historien mais pas que, en fait mention dans son "Histoire des Arabes et des Berbères du Maghreb".
Arrêt à Boudenib, Bou Anane et Mengoub qui comme ailleurs au Maroc vivent leur Ramadan. Où sont les touristes ? Je n'en vois aucun dans ce coin reculé du Maroc que l'on appelle l'Oriental et dont Figuig est l'une des 7 provinces.







Quelques kilomètres après Bou Anane, nous sommes sur la frontière algérienne, rien d'autre qu'un long mur de pierres entassées d'un mètre de hauteur environ que nous longeons sur plusieurs kilomètres. Un berger ici ou là garde un troupeau de chèvres ou de moutons dans le djebel Tisoufi, un dromadaire, une tente de bédouins. 
Ça roule .. et tout baigne dans l'huile.








                                                L'hôtel Clim Oriental à Bouarfa

Bouarfa / Figuig, 109 km

Aucun signe de vie ce matin lorsque je suis descendu à la réception de l'hôtel Clim Oriental pour régler ma note. Rien à attendre du restaurant, pas même un café, portes fermées et plongé dans le noir. Ramadan oblige, la journée sera rythmée par le jeûne et la prière depuis l'appel du muezzin ce matin vers 5 heures. J'active une petite sonnette sur le comptoir qui ne semble pas le moins du monde déranger un homme recouvert des pieds à la tête d'une couverture qui dort allongé sur une banquette et que j'ai dû secouer un peu jusqu'à ce qu'il se réveille en me regardant d'un air égaré.
Je suis le quatrième passager du grand taxi qui attend dans une rue de la petite ville. Une petite demi heure et le compte est bon. Le chauffeur arrime les bagages sur la galerie à l'aide d'une corde. Les portières claquent et c'est le départ pour Figuig. Je serai à 975 kilomètres de Marrakech.







                                     Figuig








                                                                   Figuig


Figuig est située dans la région de l'Oriental, au Sud-Est du Maroc, enclave confinée sur trois côtés avec l'Algérie.

La Municipalité de Figuig, se compose actuellement de sept ksour, établissements fortifiés typiques en Afrique du Nord, constitués généralement d'habitations avec leurs greniers, nés dans le voisinage des oasis, en position surélevée pour se protéger des attaques des tribus nomades. Le plus ancien, Zenaga, est au centre de la Palmeraie, tandis que tous les autres (Laâbidate, Loudaghir, Oulad Slimane, Hammam Tahtani, Hammam Foukani, El Maiz) se dressent en amont des sources d'eau, de façon à ne pas occuper les terrains destinés à l'agriculture.
À l'origine, les sept communautés étaient complètement indépendantes dans leurs ksour disséminés le long du fleuve Zousfana, et souvent en conflit les unes avec les autres pour exploiter les ressources en eau et les terres de pâturage. Ensuite, à l'époque de la grande invasion des tribus arabes, les ksour, tout en gardant leur propre identité culturelle et politique, de sont réunis sur les emplacements actuels pour se défendre.
                              Luisa Volpi, architete, Docteur en Urbanisme.












Mon Quartier Général 
dans le ksar Zenaga, 
Maison d'Hôte "chez Nanna"





























































Rien ne presse à Figuig

Loin de l'agitation permanente et des bruissements du monde. 





































Les ksour ont été construits auprès des sources pour s'en approprier et les sécuriser. La construction des foggaras a été conçue pour sécuriser la conduite d'eau souterraine jusqu'aux parcelles pour échapper au vandalisme des ennemis.
À la sortie, chaque foggara alimente une succession de canaux (les seguias) qui vont se diviser en formant un système hiérarchisé et ramifié de canaux de plus en plus étroits desservant en bout de course chaque jardin, par simple gravité. Le tracé des canaux est ainsi adapté à la topographie du terrain tout en intégrant une autre spécificité : la gestion de l'eau d'une seguia par un ksar, un lignage ou une famille, quelque soit l'éparpillement des jardins. Chaque groupe social a ainsi son propre réseau de seguias qui assure l'acheminement de ses parts d'eau vers ses jardins. Pour préserver cette appropriation privée, il n'est pas rare de trouver de petits ponts qui permettent à deux tronçons du réseau de se croiser sans mélanger leurs eaux. 
Les ksour de Figuig, cultures oasiennes et pastorales autour de la gestion sociale de l'eau et des terres. 
                                                    ONU pour l'alimentation et l'agriculture.













































Une fois franchi le "passage" à travers les murs, on entre dans un enchevêtrement labyrinthique complexe de rues étroites et ruelles tortueuses, qui se succèdent et dans lesquelles il est aisé de se perdre : semblant presque creusées à l'intérieur des habitations qui les surplombent, les rues sont le plus souvent couvertes. L'alternance de voies couvertes et de rues découvertes favorise la ventilation et le rafraîchissement des espaces communs ( la température en été descend rarement sous 40 C). Le dédale dessiné par le réseau de ruelles rend en outre le ksar presque inexpugnable en cas d'attaques extérieures. C'est aussi ce qui explique (en plus de raisons culturelles et religieuses qui imposent aux femmes, reines des foyers de ne jamais être vues, sinon de leurs proches parents) que la maison traditionnelle a acquis le caractère particulier d'édifice introverti : les petites portes de bois, souvent très basses par lesquelles on entre dans les édifices constituent les seules ouvertures des façades sur la rue.
Cecilia Fumagalli, Architecte, expert en mission pour l'ONG Africa '70




















































































































                             Mosquée du ksar Zenaga



























On utilise le bois de palmier aussi bien dans la toiture que dans la menuiserie. Pour le plafond, on utilise le tronc de palmier débité en deux parties pour avoir des poutres et en trois parties pour obtenir des solives. Entre les solives, on pose les karnafs, sorte de raclettes formant la base de la palme.




L'adobe est le matériau de base de la construction à Figuig avec les pierres, les troncs des palmiers et les bases de palmes (kernafs). Ces matériaux sont tous disponibles localement en grandes quantités et alliés aux compétences constructives traditionnelles.










































































































































Ce minaret de pierres dans le ksar Loudaghir est réputé le plus ancien de Figuig et daterait du VI ème siècle de l'Hégire (XII ème siècle après J-C.); il a pu être rebâti depuis mais il reste le seul minaret octogonal à Figuig. Il s'élève à environ 19 m sur une base carrée de 4,40 m de côté. Il est couronné de créneaux décoratifs et d'un lanternon de 2,70 m.

























                                   Les bancs de la Jmaa, dans le ksar Loudaghir

La Jmaa à Figuig est l'assemblée traditionnelle des sages ou des représentants des ksour jouant un rôle crucial dans la gouvernance locale. Elle gère de manière autonome la répartition de l'eau d'irrigation, la gestion des terres et la cohésion sociale, perpétuant des coutumes ancestrales.







































































































" Et le voyage continue ..."
" And the journey continues ..."

nomadensolo@gmail.com











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